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Lourmarin, un siècle d’histoire : la construction de ces lieux cultes, au fil de l’histoire…….la vraie !

Le château 

3 avril 1452

“Tu n’y connais fichtrement rien, tu n’es qu’un manant!”
Le ton était grave. La phrase se fit entendre, tel un coup de tonnerre, dans chaque recoin de ce petit village tranquille du sud Luberon. “Je n’en peux plus, petit Foutriquet!” lui rétorqua du tac au tac le vieux Vaudois excédé par l’outrage verbal que venait de lui infliger le jeune garçon.
Non content de sa réponse cinglante, le Vaudois continua : “ni toi, ni un autre de tes jeunes cul-terreux de condisciples, ne m’imposerez d’écouter une seule fois de plus les chansons d’Yves Duteil. C’est terminé, je vais construire une grande demeure à mon image, bien plus belle que vos vulgaires étables de pétrousquins”.
Rouge de rage, il continua de brailler tout en tournant les talons : “je vais me construire une maison avec des murs si grands et si épais que plus jamais je n’aurai à subir vos musiques de baladin!”.
Une violente scission générationnelle venait de naître dans le paisible petit village…..
Les Vaudois, envahissaient depuis peu les terres du Luberon.
Certes, ils travaillaient dur, cultivaient la terre, payaient leur impôts mais, il faut bien l’avouer, leurs goûts musicaux laissaient encore a désirer.
A cette époque, ils n’avaient d’oreilles que pour les chansons mielleuses d’un certain Umberto Tozzi.
Les jeunes autochtones, natifs du village, essayaient par tous les moyens de faire comprendre à leurs envahisseurs piémontais la modernité des textes d’Yves Duteil.
Ils étaient, certes, un tantinet plus fainéants en besogne que leurs nouveaux occupants mais il savaient bien que, dans le domaine de la fantaisie et de la culture, leurs goûts étaient d’une grande espièglerie innovatrice.
C’est à l’issue de ce fâcheux incident, qu’un vieil illuminé Vaudois mélophobe commença seul la construction du château de Lourmarin.
Par la suite, plus rien ne fut vraiment comme avant !

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Les caves du château

17 mars 1469 

“Umberto est le plus grand…..Vaffenculo a tutti avec votre petit pont de bois!” hurlait désormais chaque matin du haut de sa nouvelle tourelle le Vaudois dédaigneux.
C’en était trop. Les jeunes villageois, encore trop frêles pour être partis en croisade avec leurs petits camarades, en avaient entendu assez.
Excédés par les attaques verbales journalières du Vaudois aigri, ils se mirent d’accord pour construire, en cachette, une cave adjacente au château flambant neuf du vieil excentrique.
“Fichtre, bigre, diantre”, les insultes allaient bon ton… “Certes, nous n’y stockerons peut-être pas nos bouteilles de Vieille Ferme, mais on y enfermera à jamais ce vieux bouffon aux cheveux gras”. Franchement, plus rien n’était comme avant !

La Place des bars 

19 sept 1470

Le village était redevenu bien paisible depuis qu’ils avaient muré le vieux gâteux dans les catacombes de son propre château.
Oui, tout était redevenu bien trop calme pour nos jeunes gredins farceurs qui commençaient à s’ennuyer sévère.
“Et si on faisait un freestyle avec des impros de textes de Patrick Topaloff ?” lança l’un d’entre eux alors qu’ils s’étaient tous réunis de bon matin au centre du village.
Une bagarre sans précédent éclata à l’instant même entre les jeunes délurés.
On le sentait venir….Depuis quelques mois le son d’une “nouvelle vague” portée par les mélodies urgentes du fameux Patrick faisait des ravages chez les pré-pubères.
Forcément… Ces ambiances joviales, son franc parler, son attitude décapante….Tout était réuni pour plaire aux plus jeunes en quête constante de nouvelles sensations.
C’est à ce moment là que le village se scinda en deux. Deux gargottes furent construites (l’une en face de l’autre) à l’effigie de leurs idoles respectives.
La nuit venue, on raconte que pour mieux se narguer, chaque membre redoublait d’ingéniosité, et organisait des “battles” pour déstabiliser le camp adverse.
Alors que les uns s’aventuraient à danser la tarentelle, les autres rétorquaient avec des freestyle de Ali Be Good.
Sincèrement, plus rien n’était comme avant !

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Le Tennis Club

12 mai 1502

“Je vais rétablir la paix dans ce village !!” déclara un quadragénaire extravagant aux allures de valseur suédois.
Las des querelles incessantes qui rongeaient notre bourgade, il se mit à parader chaque dimanche midi en guise de protestation.
“Gimme gimme gimme a man after midnight” chantait-t-il à tue-tête, alors qu’il descendait torse nu la grand rue.
“Pourquoi chante-t-il en anglois ? Qu’est-ce que c’est que cette comédie ?” chuchotaient les Lourmarinois étonnés.
Les habitants du village n’aimaient pas trop ces nouvelles manières, et lui firent vite comprendre…
Alors il s’isola et se mit à couper des arbres pour se construire “un terrain” aux abords du village.
Durant les semaines qui suivirent on le vit galoper seul sur son terrain vêtu d’un short moule-bite blanc ridicule, échancré sur les côtés.
On raconte qu’à cause des insolations qu’il accumulait à répétition il devint vite complètement foldingo…. et tout ça dans l’indifférence la plus totale.
Fondamentalement, plus rien n’était comme avant !

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Le boulodrome

2 janvier 1543

Un vent nouveau soufflait……d’ailleurs on était le 2 janvier, alors, le vent faisait aussi qu’ils se gelaient tous sévèrement les roupettes.
Après 70 ans de querelles incessantes, les habitants du village ne savaient plus vraiment pourquoi ils se détestaient tous autant.
Depuis près d’un demi-siècle, une loi interdisait formellement aux habitants du village de débattre sur le thème délicat des “Arts modernes et bouffonneries scéniques”. Même chuchoter sur le sujet était banni.
Les malheureux qui s’y essayèrent durant les premières années de l’interdiction furent sévèrement punis.
Gantés cul-nu sur la place du village en guise d’amuse-bouche, les misérables paltoquets étaient ensuite ligotés sur un tabouret, contraints d’écouter 24 heures durant les “best-of” de François Valery.
Pour terminer, en guise de dessert, on leurs coupait une seule roubignolle (l’autre devait rester accrochée en guise de souvenir!) pour la donner à manger aux mistouflons (bête lubrique à 5 pattes !!)
Oui…sévère était la punition !! A ce train-là, même les plus simples d’esprit se sont très vite calmés.
Une nouvelle génération avait remplacé les anciens qui avaient d’ailleurs pour la plupart quasiment tous défunté !!
“Nous ne somme pas des vilains” gronda un brave gaillard qui avait une allure de chef.
“Le changement, c’est maintenant, inventons de nouvelles activités intellectuelles pour ragaillardir l’image de notre village et sauver nos roustons!”.
C’est en janvier de l’an 1543, sur un vaste terrain à la pointe “grand nord” du village, qu’un vent nouveau souffla.
Mais seuls les plus vaillants s’y retrouvaient car, là-bas, le vent soufflait si fort qu’on s’y gelait farouchement les gonades.
Et, plus rien ne fut comme avant !

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L’école 

35 mai 1548

Tôt le matin, une voix étrange provint de la fenêtre d’une bâtisse désuète construite proche du vieux château abandonné.
“L’avventura… C’est la vie que je mène avec toi…. L´avventura… C’est dormir chaque nuit dans tes bras”
Etonnée par tant de beauté, une fillette cria du bas de la bicoque “Madame.. Mais qu’est ce que vous faisez ?”.
Une jeune femme au teint champêtre et a la longue chevelure soyeuse apparut à la fenêtre. “L´avventura…. C´est tes mains qui se posent sur moi” continuait de fredonner la déesse blonde, légèrement dévêtue.
Se faisant de plus en plus insistante : “mais qu’est que vous faisez là-haut?” hurlait la moufflette au sourire édenté.
“Je compose petite sotte !! Que veux tu que je fasse d’autre ?” Elle ajouta : “ne vois-tu pas que je suis une artiste, j’improvise au gré de mes humeurs et de mes rencontres”.
“C’est vraiment très beau madame, on dirait le chant des oiseaux!” lui répondit la jeune laideronne émerveillée.
Pas peu fière, la déesse, du haut de sa fenêtre, ajouta : “je viens d’être désignée pour enseigner la musicologie dans ta gentille petite bourgade niaiseuse”…
La musicologie !!!! La gamine n’y comprenait foutrement rien mais que nenni, elle était sous le charme devant la belle nymphe.
Une école fut bâtie et pour les enfants du village plus rien ne fut comme avant !

Salle Albert Camus

14 octobre de la même année

Il avait eut vent! …. Ce jour-là, il arrivait de très loin… Déjà, du haut de la grand’ rue, il les entendit !!…. Il se mit à sourire.
A son arrivée dans la salle de classe, son imposante carrure, sa coiffure hirsute et son long manteau imperméable intimidèrent fort les plus jeunes enfants qui, pour la plupart, se mirent a pleurnicher
“Je m’appelle Jean-Claude Camus”…… dit-t-il sur un ton sévère, comme pour essayer de les calmer.
“Je suis producteur de spectacle. Vous pensez m’impressionner avec vos chansons à la noix?” Puis il marqua une pause, fit un clin d’oeil à la jolie maîtresse et continua sur un ton sec : “alors… il va falloir faire un p’tit peu mieux que ça!”
Les enfants, ne comprenant rien au discours du vieux bougre, le regardaient avec leurs petits yeux écarquillés….
Soudain, un grand sourire se dessina sur son visage : “mais non, je rigole, en fait mon nom est Robert Miras, je suis chanteur”.
Tout de suite, l’atmosphère dans la salle de classe se détendit.
Charmée par la silhouette attrayante de l’étranger, le maîtresse voulu faire un peu de zèle : “Albert Miras !! Mais j’adore ce que vous faites!”
Les enfants se mirent tous à ricaner…..”c’est pas Albert, madame, mais Robert !”… Cette gourdasse d’enseignante venait encore, une fois de plus, de se mélanger les pinceaux !!!!
Un fou rire s’entendit jusqu’au fin fond du village.
Le soir venu, la prestation de Robert fut grandiose.
“Jésus est né en Provence… entre Avignon et les Saintes Maries… Jésus est né en Provence… c’est un berger qui me l’a dit”…
Les voix angéliques de la chorale improvisée par les enfants de l’école, qui acceptèrent de l’accompagner au pied levé, firent trembler les murs de la petite maison de retraite….
Le lendemain Robert disparut aussi vite qu’il était arrivé.
La maîtresse d’école (pour des raisons qui doivent lui être personnelles) insista auprès du maire pour que la “salle des périmés” soit rebaptisée.
Elle lui suggéra un nouveau nom “La salle Albert Camus” (choix qu’il ne comprit jamais vraiment)…
Ne voulant surtout pas passer pour un ignare, il accepta…..
Mais une fois de plus, comme à son habitude, cette godiche s’était encore emmêlé les pinceaux !